Lorsqu’un salarié quitte une entreprise en Turquie, le processus d’offboarding ne se limite pas au simple calcul de son dernier salaire.
Selon le motif de la fin de la relation de travail, l’employeur peut être amené à gérer le préavis, les indemnités de licenciement, les congés annuels non pris, le solde de tout compte, les déclarations auprès de la Sécurité sociale turque (SGK), les documents de sortie ainsi que la restitution du matériel de l’entreprise.
Pour les entreprises internationales employant des salariés en Turquie, il est particulièrement important de bien comprendre ces obligations. Les procédures turques en matière de droit du travail, de paie et de Sécurité sociale peuvent en effet différer sensiblement de celles applicables dans le pays d’origine de l’employeur.
Ce guide présente une checklist pratique pour gérer l’offboarding d’un salarié en Turquie.
1. Identifier le motif de la fin du contrat
La première étape consiste à déterminer précisément pourquoi la relation de travail prend fin.
Les situations les plus courantes comprennent notamment :
- la démission du salarié ;
- le licenciement à l’initiative de l’employeur ;
- l’arrivée à échéance d’un contrat à durée déterminée ;
- le départ à la retraite ;
- la rupture pendant la période d’essai ;
- la rupture pour juste cause ;
- la rupture d’un commun accord ;
- la fermeture de l’établissement ;
- le départ pour service militaire ;
- ou d’autres motifs de rupture prévus par la législation.
Le motif de la rupture est essentiel, car il peut avoir une incidence sur les droits du salarié en matière de préavis, d’indemnité de licenciement et d’autres avantages.
Il détermine également le code SGK de fin de contrat que l’employeur devra utiliser pour déclarer le départ du salarié auprès de la Sécurité sociale turque.
L’employeur doit veiller à ce que le motif enregistré dans les systèmes de paie et auprès de la SGK corresponde aux documents justifiant la rupture.
2. Vérifier le contrat de travail
Avant de traiter le départ du salarié, l’employeur doit examiner son contrat de travail.
Une attention particulière doit notamment être portée aux éléments suivants :
- contrat à durée déterminée ou indéterminée ;
- date de début du contrat ;
- dispositions relatives au préavis ;
- salaire et avantages ;
- bonus et commissions ;
- obligations de confidentialité ;
- éventuelles clauses restrictives ;
- matériel et biens appartenant à l’entreprise ;
- dispositions spécifiques relatives à la rupture.
Le contrat de travail doit toujours être examiné conjointement avec les dispositions impératives du droit du travail turc.
Les dispositions contractuelles ne peuvent généralement pas supprimer les droits impératifs accordés au salarié par la législation turque.
3. Déterminer la durée du préavis applicable
Pour les contrats de travail à durée indéterminée, la loi turque du travail prévoit des délais de préavis déterminés en fonction de l’ancienneté du salarié.
Les délais minimums sont les suivants :
| Ancienneté | Préavis minimum |
|---|---|
| Moins de 6 mois | 2 semaines |
| De 6 mois à 1,5 an | 4 semaines |
| De 1,5 an à 3 ans | 6 semaines |
| Plus de 3 ans | 8 semaines |
Il s’agit des durées minimales prévues par la législation.
Selon les circonstances, le salarié peut continuer à travailler pendant son préavis ou l’employeur peut verser une indemnité compensatrice de préavis.
Des règles différentes peuvent s’appliquer lorsque le contrat est rompu immédiatement pour une juste cause reconnue par la législation.
Il est donc important d’identifier précisément le fondement juridique de la rupture avant de calculer une éventuelle indemnité de préavis.
4. Déterminer si une indemnité de licenciement est due
L’une des principales questions lors du départ d’un salarié concerne l’éventuel paiement d’une indemnité d’ancienneté ou de licenciement (kıdem tazminatı).
Cette indemnité n’est pas automatiquement due à chaque fin de contrat.
L’éligibilité dépend notamment de l’ancienneté du salarié et du motif juridique de la rupture.
En principe, le salarié doit généralement avoir accompli au moins un an de service auprès de l’employeur pour pouvoir prétendre à l’indemnité légale d’ancienneté.
Selon les circonstances, cette indemnité peut notamment être due dans certains cas de licenciement par l’employeur, de départ à la retraite, de service militaire ou de rupture à l’initiative du salarié pour certains motifs reconnus par la loi.
Une démission volontaire ordinaire n’ouvre, en revanche, généralement pas droit à cette indemnité.
Le motif de la rupture doit donc être vérifié avant la préparation du solde de tout compte.
5. Calculer le dernier salaire
Le salarié doit percevoir l’ensemble des éléments de rémunération acquis jusqu’à la date effective de fin du contrat.
Le calcul final peut notamment comprendre :
- le salaire correspondant à la dernière période travaillée ;
- les heures supplémentaires ;
- les bonus ;
- les commissions ;
- les allocations ;
- les dépenses professionnelles approuvées ;
- les autres avantages contractuels ;
- les éventuelles régularisations rétroactives de salaire.
Lorsque le salarié quitte l’entreprise en cours de mois, la rémunération doit être calculée conformément aux règles de paie applicables et à la date effective de fin du contrat.
Le service de paie doit également vérifier si certaines sommes correspondant aux périodes précédentes restent dues.
6. Calculer les congés annuels non pris
Les congés annuels non utilisés constituent un élément important du calcul de sortie.
Pendant la relation de travail, les congés annuels légaux ont vocation à être effectivement pris et ne peuvent généralement pas être simplement remplacés par une indemnité financière.
En revanche, lorsque la relation de travail prend fin, les congés annuels acquis mais non utilisés doivent généralement être indemnisés.
L’employeur doit donc vérifier :
- les droits à congés acquis par le salarié ;
- les congés déjà utilisés ;
- le solde restant ;
- le montant correspondant aux congés non pris devant être versé lors du départ.
La tenue de registres de congés précis tout au long de la relation de travail facilite considérablement ce calcul.
7. Vérifier les bonus, commissions et allocations
La rémunération du salarié peut comprendre d’autres éléments que son salaire de base.
Avant de finaliser la paie de sortie, l’employeur doit vérifier les éventuels droits restant dus au titre de :
- commissions commerciales ;
- primes de performance ;
- bonus annuels ;
- indemnités repas ;
- indemnités de transport ;
- assurance santé privée ;
- allocations Internet ou télétravail ;
- véhicule de fonction ;
- autres avantages contractuels.
Le contrat de travail, le plan de bonus, les politiques internes et les circonstances de la rupture doivent être examinés afin de déterminer les sommes restant dues.
Cette question peut notamment être importante pour les commerciaux dont certaines commissions correspondent à des ventes réalisées avant leur départ mais payables ultérieurement.
8. Rembourser les dépenses professionnelles restant dues
Les dépenses professionnelles valablement engagées par le salarié avant son départ doivent être identifiées et traitées.
Il peut être utile de fixer une date limite pour la transmission des dernières notes de frais et de demander les factures ou justificatifs nécessaires.
Ces dépenses peuvent notamment concerner :
- les déplacements professionnels ;
- l’hébergement ;
- les rendez-vous clients ;
- les transports ;
- les frais de téléphone ;
- d’autres dépenses professionnelles autorisées.
Le traitement de ces éléments avant la clôture définitive de la paie permet de limiter les corrections après le départ du salarié.
9. Récupérer le matériel de l’entreprise
L’offboarding doit également prévoir la restitution des biens mis à la disposition du salarié.
Selon le poste occupé, il peut notamment s’agir de :
- ordinateur portable ;
- téléphone professionnel ;
- carte SIM ;
- badge d’accès ;
- clés ;
- carte bancaire professionnelle ;
- véhicule ;
- documents ;
- dispositifs de sécurité ;
- autres équipements.
Une checklist écrite de restitution du matériel peut être particulièrement utile pour les salariés travaillant à distance.
Pour les entreprises internationales ayant recours à un Employer of Record en Turquie, une coordination entre l’entreprise étrangère, le salarié et l’employeur local est importante afin d’assurer correctement la restitution du matériel.
10. Désactiver les accès aux systèmes de l’entreprise
Les accès informatiques doivent être gérés en fonction de la date effective de départ du salarié et des procédures de sécurité de l’entreprise.
Cela peut notamment concerner :
- la messagerie professionnelle ;
- les serveurs internes ;
- les CRM ;
- les logiciels comptables ;
- les plateformes RH ;
- les espaces de stockage cloud ;
- le VPN ;
- les plateformes bancaires ;
- les autres applications professionnelles.
Les équipes RH, paie et informatique doivent coordonner leurs actions afin que les accès soient supprimés au moment approprié, sans empêcher le salarié d’accomplir son travail pendant la période de préavis.
11. Organiser la passation des fonctions
Lorsque le salarié continue à travailler pendant son préavis, l’employeur peut organiser une passation structurée de ses responsabilités.
Cette passation peut notamment porter sur :
- les projets en cours ;
- les relations clients ;
- les procédures d’accès gérées conformément aux règles de sécurité de l’entreprise ;
- les tâches restant à accomplir ;
- les échéances importantes ;
- les relations avec les fournisseurs ;
- la documentation interne ;
- les informations nécessaires au remplaçant.
Un document de passation écrit peut contribuer à assurer la continuité de l’activité après le départ du salarié.
12. Choisir le bon code SGK de fin de contrat
Lorsque la relation de travail prend fin, l’employeur doit déclarer le départ du salarié auprès de la Sécurité sociale turque (SGK – Sosyal Güvenlik Kurumu).
Cette déclaration comprend un code spécifique indiquant le motif de la fin de la relation de travail.
Il existe notamment différents codes pour la démission, le licenciement à l’initiative de l’employeur, l’expiration d’un CDD, la retraite, le service militaire ou encore différentes formes de rupture pour juste cause.
Le code SGK choisi doit correspondre aux circonstances réelles de la rupture.
L’utilisation d’un code incorrect peut créer des incohérences entre les documents de l’employeur, les informations de paie et le motif officiellement déclaré aux autorités.
Il est donc important de vérifier le code approprié avant de transmettre la déclaration.
13. Effectuer la déclaration de sortie auprès de la SGK
L’employeur doit transmettre la déclaration de sortie du salarié (Sigortalı İşten Ayrılış Bildirgesi) auprès de la SGK dans le délai légal applicable.
Pour les salariés relevant du régime concerné, cette déclaration doit généralement être effectuée dans les 10 jours suivant la fin de l’affiliation du salarié.
L’employeur doit notamment vérifier :
- l’identité du salarié ;
- son dernier jour de travail ;
- la date de fin de contrat ;
- le code SGK de fin de contrat ;
- les autres informations figurant dans la déclaration.
Les informations transmises à la SGK doivent être cohérentes avec les données de paie et les documents RH de l’entreprise.
14. Préparer la paie finale et les indemnités de sortie
Une fois l’ensemble des éléments identifiés, l’employeur peut préparer la dernière paie du salarié.
Selon la situation, le paiement final peut notamment comprendre :
Dernier salaire
La rémunération acquise jusqu’à la date de fin du contrat.
Congés annuels non pris
L’indemnisation des congés légaux acquis restant au moment du départ.
Indemnité compensatrice de préavis (ihbar tazminatı)
Lorsqu’elle est applicable, l’indemnité correspondant au préavis légal.
Indemnité d’ancienneté (kıdem tazminatı)
Lorsque le salarié remplit les conditions légales applicables.
Bonus et commissions
Les éléments de rémunération variable restant dus conformément aux dispositions applicables.
Notes de frais
Les dépenses professionnelles approuvées qui n’ont pas encore été remboursées.
Chaque composante pouvant avoir un traitement différent en matière de paie, de fiscalité et de cotisations sociales, le calcul doit être vérifié attentivement avant le paiement.
15. Fournir les documents de fin de contrat
L’employeur doit s’assurer que le salarié reçoit les documents nécessaires à la suite de son départ.
Les documents exacts peuvent varier selon les circonstances, mais le dossier de sortie peut notamment comprendre :
- la lettre de démission ou la notification de rupture ;
- les documents relatifs à la dernière paie ;
- l’attestation de travail lorsqu’elle est applicable ;
- les documents relatifs aux paiements de sortie ;
- les autres documents requis par les procédures turques en matière de droit du travail ou de Sécurité sociale.
L’employeur doit également conserver les documents nécessaires conformément aux obligations applicables en matière d’archivage.
16. Vérifier l’assurance santé privée et les autres avantages
Lorsque le salarié bénéficie d’une assurance santé privée ou d’autres avantages financés par l’entreprise, l’employeur doit déterminer à quelle date ces prestations prennent fin.
Selon le contrat d’assurance, la fin de la relation de travail peut nécessiter une notification à l’assureur.
La même vérification doit être effectuée pour les autres avantages tels que :
- véhicule de fonction ;
- carte repas ;
- régime de retraite privée ;
- abonnement téléphonique ;
- allocation sport ou bien-être ;
- autres avantages financés par l’employeur.
Cette vérification est particulièrement importante lorsque l’entreprise règle les primes ou abonnements à l’avance.
17. Conserver un dossier complet de fin de contrat
L’employeur doit conserver une documentation claire relative au départ du salarié.
Le dossier peut notamment comprendre :
- le contrat de travail et ses avenants ;
- la lettre de démission ou de licenciement ;
- les justificatifs du motif de rupture ;
- les calculs de préavis ;
- les calculs d’indemnité d’ancienneté ;
- les relevés de congés annuels ;
- la dernière paie ;
- la déclaration de sortie SGK ;
- la confirmation de restitution du matériel ;
- les échanges pertinents avec le salarié.
Une documentation complète peut être particulièrement importante en cas de contestation ultérieure.
Checklist d’offboarding d’un salarié en Turquie
Avant de clôturer le dossier d’un salarié, l’employeur peut utiliser la checklist suivante :
☐ Confirmer le motif de la fin du contrat
☐ Vérifier le contrat de travail
☐ Déterminer la date effective de fin du contrat
☐ Calculer le préavis applicable
☐ Vérifier si une indemnité compensatrice de préavis est due
☐ Vérifier si une indemnité d’ancienneté est due
☐ Calculer le dernier salaire
☐ Vérifier les congés annuels non pris
☐ Contrôler les bonus et commissions
☐ Traiter les notes de frais restant dues
☐ Vérifier les allocations et avantages
☐ Organiser la passation des fonctions
☐ Récupérer le matériel de l’entreprise
☐ Désactiver les accès professionnels
☐ Choisir le bon code SGK de fin de contrat
☐ Effectuer la déclaration de sortie auprès de la SGK
☐ Préparer la paie finale et les indemnités
☐ Fournir les documents nécessaires au salarié
☐ Clôturer l’assurance et les avantages, le cas échéant
☐ Archiver les documents relatifs à la fin du contrat
Les erreurs courantes à éviter lors de l’offboarding en Turquie
Plusieurs erreurs pratiques peuvent compliquer le départ d’un salarié en Turquie.
L’une des plus fréquentes consiste à traiter toutes les démissions ou tous les licenciements de la même manière. Le motif juridique de la rupture peut pourtant avoir une incidence importante sur les droits du salarié.
Une autre erreur consiste à ne pas vérifier le solde des congés annuels avant la préparation de la dernière paie. Des données de congés incorrectes peuvent entraîner un mauvais calcul du solde de sortie.
Les employeurs doivent également éviter de sélectionner un code SGK avant d’avoir confirmé le fondement juridique de la rupture.
Enfin, il est préférable de ne pas attendre le dernier jour du salarié pour commencer le processus. Lorsque cela est possible, le préavis, la passation, les calculs de paie et les formalités administratives doivent être préparés en amont.
Offboarding des salariés pour les entreprises internationales en Turquie
Les entreprises internationales peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires lorsqu’un salarié basé en Turquie quitte l’organisation.
Le salarié peut dépendre d’un manager situé à l’étranger, le matériel informatique peut appartenir à une entité étrangère, la paie peut être traitée localement et plusieurs interlocuteurs peuvent intervenir dans la gestion des documents RH.
Lorsque le salarié est employé par l’intermédiaire d’un Employer of Record (EOR) en Turquie, l’entreprise étrangère doit coordonner le processus de fin de contrat avec son prestataire EOR local avant de communiquer ou de mettre en œuvre la rupture.
Cette coordination permet notamment d’aligner la date de fin de contrat, le préavis, les calculs de paie, les documents et les déclarations SGK avec les exigences applicables en Turquie.
Comment Azkan Group peut vous accompagner dans l’offboarding de vos salariés en Turquie
La fin d’un contrat de travail en Turquie implique à la fois des questions de droit du travail, de paie, de ressources humaines et de Sécurité sociale.
Azkan Group accompagne les entreprises internationales dans leurs services d’Employer of Record (EOR), de paie et d’administration RH en Turquie, notamment dans la gestion pratique du départ de leurs salariés.
Notre accompagnement peut notamment couvrir la coordination des procédures de fin de contrat, les calculs de paie, les congés annuels non pris, les indemnités de préavis et d’ancienneté, les déclarations de sortie auprès de la SGK ainsi que la documentation liée au départ du salarié.
Pour les entreprises ne disposant pas de leur propre entité juridique ou infrastructure RH en Turquie, un accompagnement local permet de simplifier considérablement le processus d’offboarding et de gérer les départs conformément aux exigences locales.











